42e législature | 1re session

Transcription

Conférence de presse de M. François Legault, premier ministre et M. Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation

Situation au Québec quant à la COVID-19

Version finale

Le dimanche 5 avril 2020, 13 h

Salle Evelyn-Dumas (1.30), édifice Pamphile-Le May

(Treize heures une minute)

Le Modérateur : Mesdames messieurs, bonjour et bienvenue à cette conférence de presse quotidienne sur la situation de la COVID-19 au Québec. Prendront la parole aujourd'hui, d'abord, le premier ministre François Legault, qui est de retour après une journée de congé bien méritée — j'espère que vous avez pu, au moins, vous reposer un peu — également, le ministre de l'Économie et de l'Innovation, M. Pierre Fitzgibbon, et le conseiller médical stratégique à la Direction de la santé publique, le Dr Richard Massé. M. le premier ministre, la parole est à vous.

M. Legault : Bonjour, tout le monde. D'abord, je veux remercier Geneviève Guilbault de m'avoir remplacé hier, notre vice-première ministre. Comme vous le voyez, c'est le tour aussi à d'autres, aujourd'hui, de prendre congé. Donc, Dr Arruda est remplacé par le Dr Massé, qui, je comprends, était là avant le Dr Arruda, était un peu le professeur du Dr Arruda, donc on a confiance en lui. Puis j'ai avec moi le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, parce que je veux vous parler un petit peu de l'après, là, on s'en occupe déjà. Entre autres, on veut vous parler d'économie locale aujourd'hui.

Mais avant d'aller plus loin, vous avez un tableau sur l'écran : la compagnie Google a fait une étude de données dans les 50 États américains et les 10 provinces canadiennes pour voir où on respectait le plus la consigne de rester à la maison. Et comme vous le voyez, puis j'en suis très fier, l'État qui respecte le plus la consigne, sur les 60 États et provinces, c'est le Québec. Donc, je suis vraiment fier des Québécois, fier de voir ces résultats. Je veux dire, bien sûr, bravo et merci à tous les Québécois, puis ce qui est surtout important, c'est que je suis convaincu que ça va sauver des centaines de vies. Ce n'est pas juste une question de fierté puis d'être premier, c'est que ça va donner des résultats concrets, donc bravo, bravo, bravo.

Maintenant, le bilan de la journée. Malheureusement, c'est toujours difficile, mais on a 19 nouveaux décès, donc un total de 94. Donc, je veux, bien sûr, offrir mes condoléances aux familles, aux proches de ces victimes. On a maintenant 7 944 cas confirmés, une augmentation de 947. On a 525 personnes qui sont hospitalisées, c'est une augmentation de 47. Et on a 154 personnes, parmi ces 525, qui sont aux soins intensifs. C'est une augmentation de 24.

Bon, pour ce qui est des équipements, qui est quand même notre grande priorité, on a reçu des commandes hier pour des masques N95 et des gants. Donc, on est aujourd'hui à peu près à 13 jours pour ces deux items là. Pour les masques de procédure et les blouses... (Interruption) Il faut que je fasse ça. Excusez. Pour les masques de procédure, là, ce qu'on appelle les masques chirurgicaux et les blouses, bon, on attend des commandes, mais on n'en a pas reçu vraiment pour l'instant. On a maintenant sept jours de ces deux items.

Je peux vous dire, entre autres, avec le ministère de l'Économie, qu'on regarde toutes sortes d'alternatives pour fabriquer nous-mêmes au Québec ces équipements parce qu'on s'attend quand même à ce que, dans les prochaines semaines, les prochains mois, ça risque d'être de plus en plus difficile à commander. Tous les pays dans le monde en cherchent. On regarde aussi certaines alternatives. Par exemple, les blouses, on est en train de regarder la possibilité d'avoir des blouses qui sont lavables, donc réutilisables après avoir été lavées. Donc, on essaie de faire preuve de créativité pour se préparer si jamais on manquait d'équipement.

Bon, comme vous le voyez avec les chiffres aujourd'hui, on est toujours dans la pente ascendante. On espère, dans les prochaines semaines, atteindre un sommet. On va d'ailleurs vous déposer un scénario ou des scénarios après-demain, mardi. Mais il reste qu'on en a encore pour quelques semaines. Puis après il va falloir s'assurer qu'on est dans la pente descendante avant de reprendre les activités normales.

Donc, aujourd'hui, je veux qu'on soit réalistes, et j'annonce que les commerces puis les entreprises de biens non essentiels, qu'on avait fermés jusqu'au 13 avril... qu'on repousse cette date au 4 mai. Donc, on se garde une marge, là. On espère, si c'est possible, de commencer à réouvrir avant de le faire. Mais, pour être réalistes, là, on se dit : Ça va probablement aller jusqu'au 4 mai.

Évidemment aussi, puis tantôt Pierre pourra vous en parler, bien, on se prépare déjà pour l'après. Donc, on va vouloir, quand la courbe va recommencer à redescendre, quand on va avoir le O.K. de la santé publique de rouvrir certaines entreprises où, entre autres, les employés peuvent travailler à distance... Donc, on travaille là-dessus.

Pierre aussi travaille presque jour et nuit pour essayer de sauver le maximum d'entreprises québécoises, et il va vous parler aujourd'hui d'un projet qu'il travaille avec un groupe d'entrepreneurs, de gestionnaires, qui s'appelle Le Panier bleu, et un beau projet. C'est un projet qui vise à regrouper, sur la même plateforme numérique, les produits québécois. Parce que ça va être un message qu'on va lancer de façon de plus en plus importante au cours des prochaines semaines, des prochains mois : c'est plus important que jamais qu'on change un peu les habitudes d'achat pour acheter québécois. Donc, sur cette plateforme, il y aura, par région, tous les produits québécois. Évidemment, il va y avoir un transfert de plus en plus, là, avec ce qui est arrivé, vers l'achat en ligne, vers les livraisons de produits. Donc, on veut s'assurer que, le plus possible, les Québécois achètent des produits québécois, et donc Le Panier bleu, c'est ça que ça va viser, là. Pierre va vous en parler tantôt, là, mais déjà je veux commencer à sensibiliser les Québécois. Il faut acheter québécois, il faut acheter local, c'est important pour nos entreprises québécoises, puis c'est important pour nos travailleurs, travailleuses québécoises de ces entreprises-là.

Mes remerciements du jour, bien, justement, les entrepreneurs. Je veux dire aux entrepreneurs québécois qui se retrouvent en difficulté actuellement que je comprends la situation dans laquelle vous êtes. Je peux comprendre que certains, certaines sont découragées. Je sais ce que c'est, j'ai été moi-même entrepreneur. On travaille fort, on ne compte pas nos heures, on fait des sacrifices, puis là, tout à coup, ce n'est pas votre faute, il arrive cet évènement, cette crise qui fait que vous dites : Bien, toutes ces années-là sont perdues. Donc, je veux vous dire que Pierre et son équipe travaillent très fort pour qu'on sauve le maximum d'entreprises au Québec puis qu'on soit prêts, là, à vous aider quand on va repartir dans les prochaines semaines, que vous ayez tout ce qui est nécessaire pour relancer votre entreprise.

Mais justement, par contre, je dis «dans quelques semaines», c'est important de ne pas relâcher nos efforts pendant les prochaines semaines. Si on relâche nos efforts, ça va juste retarder le moment où on va pouvoir revenir à une vie normale. Donc, la bataille est loin d'être finie. Je dirais même qu'on entre dans une autre phase encore plus critique dans les prochains jours, les prochaines semaines, une phase qui va être décisive dans la bataille. Notre objectif, là — la courbe monte — c'est vraiment qu'on réussisse à passer le cap puis à aplatir cette fameuse courbe. C'est pour ça, là, qu'on élargit au 4 mai la fermeture des commerces, des entreprises, pour se donner le plus de chances possible qu'il y ait le moins de contacts physiques, le moins de transmission, de propagation de ce virus.

Donc, je répète, en terminant, nos trois priorités. Autant que possible — puis vous le faites bien, on le voit — on reste à la maison. Si jamais on est obligés de sortir, on s'assure de toujours rester à deux mètres, donc six pieds, des autres personnes. Puis, quand on rentre à la maison, quand on revient, on se lave les mains avec du savon. Si tout le monde respecte ces consignes, on va sauver des centaines de vies. Donc, ça vaut la peine de faire ces efforts. Et je compte sur vous. Merci beaucoup.

Maintenant, I would like to say a few words in English. Good afternoon. Google has released data showing that the people who have made the most intense efforts to distance themselves in North America are Quebeckers, more than all other Canadian provinces and more than all American states. I want to congratulate and thank you. Physical distancing is the most powerful weapon we have to win the battle.

In order to finish curbing the spread and to save as many lives as possible, I announce today that we extend the pause, the closing of non-essential companies until May 4th. We are preparing the restart of the economy in a few weeks. But I insist on one thing : if we relax our efforts, we'll just delay the moment when we'll be able to go back to our lives. The battle is far from over. In fact, we're entering the decisive phase of this battle. Every action counts more than ever. Each gesture saves lives.

So, I repeat our three priorities: don't go out unless it's necessary, if you do go out, keep your distances and, when you come back home, wash your hands. That's how we'll save lives. Thank you all.

Je voudrais maintenant passer la parole au ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon.

M. Fitzgibbon : Merci, M. Legault, Dr Massé. Bonjour, tout le monde. La prolongation de la fermeture des commerces et de la plupart des opérations des entreprises jugées non essentielles va avoir des conséquences économiques et humaines, puis je pense qu'on le sait tous.

J'aimerais, d'une part, vous rassurer que le gouvernement est déjà en train de planifier la relance de l'activité économique du Québec. Et, avec tous mes collègues ministres qui sont impliqués, on travaille fort sur ce dossier-là. Le MEI et Investissement Québec vont et peuvent accompagner les entreprises pour préparer cette relance des activités, et on va le faire. Les programmes que le fédéral a annoncés, on doit le reconnaître, sont puissants et vont permettre d'avoir un tissu social et tissu économique importants, qui va nous permettre aussi de pouvoir être plus à l'aise et plus flexibles pour aider nos entreprises.

On regarde d'ailleurs déjà les effets spécifiques que la crise et que la fermeture auront sur chaque secteur d'activité important au Québec. Les impacts seront bien sûr très différents selon les secteurs.

On prépare déjà une réouverture géographique, on prépare une réouverture sectorielle. On analyse plusieurs scénarios. Il y aura une récupération rapide dans certains cas, mais il y aura vraisemblablement une récupération qui va être différée dans d'autres cas.

Il y a trois phases d'évaluation que nous regardons. La première, évidemment, c'est celle d'opérer sous confinement — on est dedans présentement — et il y a beaucoup de bonnes pratiques qui sont déterminées. On prépare aussi ce qu'on appelle le rebond. On va devoir regarder les actifs stratégiques pour le Québec, on va devoir regarder la chaîne d'approvisionnement pour être sûr qu'elle soit efficiente, et on va regarder aussi l'anticipation de quel va être le nouveau monde après la crise sanitaire.

On va continuer, l'équipe de relance, à travailler avec des dirigeants d'entreprise, des experts qu'on a engagés, des économistes, des représentants sectoriels et des groupes d'affaires, autant patronaux que syndicats, pour nous assurer qu'on est bien positionnés pour repartir cette économie.

Je vais vous dire un mot ou deux sur Le Panier bleu, le projet que nous annonçons aujourd'hui. Je pense que la crise sanitaire nous a permis de réaliser à quel point nous avons besoin d'une stratégie ambitieuse pour le commerce local et le commerce électronique au Québec. On va en faire une priorité. Toutes les initiatives annoncées un peu partout à travers le Québec sont inspirantes. Les Québécois et les Québécoises veulent participer à la relance. Il faut faire converger toute cette énergie-là. On encourage toute initiative privée pour développer le commerce au Québec. Le Panier bleu se veut un symbole fédérateur ou un collectif. Il ne compétitionnera pas avec le privé.

Tout ce qui est un frein à la découvrabilité de nos commerces doit être amoindri. C'est pourquoi Le Panier bleu sera toujours un service gratuit, ouvert pour les commerçants et les citoyens. On souhaite que Le Panier bleu devienne aussi efficace que le symbole Aliments du Québec l'a été dans les épiceries. Le commerce local est soutenu depuis longtemps par plein de belles organisations comme les SDC, sociétés de développement commercial, et les associations de marchands, Le Panier bleu souhaite en faire des partenaires importants. Par exemple, 5 $ dépensés par semaine de plus ici par foyer, c'est 1 milliard de plus dans l'économie. Une initiative pour promouvoir le commerce local n'est pas une initiative contre le libre-échange, c'est une approche unifiée de communication pour permettre à nos petits commerçants de pouvoir tirer leur épingle du jeu face à des entreprises qui possèdent d'immenses ressources marketing. Je vous rappelle qu'au Québec nous avons un déficit commercial de 20 milliards de dollars avec l'international. Alors, si on réduit nos importations de 10 milliards et qu'on augmente nos exportations de 10 milliards, nous serons quand même en équilibre — puis on a appris beaucoup de nos amis américains.

Le Panier bleu est un OBNL, il n'est pas là pour faire de l'argent. Il existe pour que nos commerçants en fassent davantage et, par conséquence, pour que tout le Québec soit plus riche. Le Panier bleu a déjà une gouvernance exceptionnelle, avec un conseil d'administration composé et à être composé de gens d'affaires aguerris qui connaissent l'industrie du détail, la technologie et le marketing, les trois ingrédients-clés pour son succès. On a recruté M. Alain Dumais... Alain Dumas, je m'excuse, comme directeur général. Alain nous arrive avec 30 ans d'expérience en marketing, en commerce électronique et en opération de détail. Il a travaillé chez Aubainerie, chez Sobeys, il a été aussi le président du C.A. du Conseil québécois du commerce de détail. Nous avons aussi, sur le conseil d'administration, M. Sylvain Prud'homme. M. Prud'homme a 30 ans d'expérience au niveau du commerce de détail, où il a été P.D.G., jusqu'à récemment, de la société Lowe's Canada, a travaillé aussi chez Loblaws, Sobeys et Walmart. Et nous avons aussi M. Alexandre Taillefer, un entrepreneur connu.

Le C.A. ne sera pas rémunéré. Et, pour être clair, Le Panier bleuse veut... d'alimenter toutes les plateformes existantes, locales et nationales. Le MEI va attribuer un budget à cette initiative. Et c'est important de comprendre que la grande majorité de cet argent ira vers sa production ou la production dans les médias québécois. On ne bâtira pas une bonne solution sans la promouvoir adéquatement.

On va aussi faire vivre la plateforme Web, Internet, et nos experts en intelligence artificielle pourront nous aider à la gestion des métadonnées. Le développement de la première étape du Panier bleu va coûter environ 250 000 $ pour les prochains mois. Le conseil d'administration de l'OBNL a une excellente réputation. Je sais que chaque dollar sera géré avec grand soin.

J'aimerais personnellement remercier la quinzaine de personnes qui ont travaillé sur ce projet. Toutes les heures à ce jour ont été données pro bono. Sous le leadership de deux entrepreneurs québécois, ce projet a vu le jour : M. Alexandre Taillefer et Patrick Bibeau.

Moi, je suis très excité de la création de ce collectif Panier bleu. On place une première pierre importante pour la fondation d'un projet de solidarité québécoise qui, j'espère, sera reconnu par tous les Québécois.

J'aimerais... Comme tout le monde le sait... J'ai remarqué que, tout le monde le sait, le premier ministre termine souvent ses interventions avec une pensée positive. Et je voulais faire un peu la même chose en vous disant qu'avec l'inventivité et la résilience reconnues des entreprises québécoises, je suis convaincu que ça va reprendre, et on sera parmi les mieux positionnés.

Le Modérateur : On va maintenant passer à la période des questions réservée aux journalistes, et on commence aujourd'hui avec Isabelle Porter, du journal Le Devoir.

Mme Porter (Isabelle) : Oui, bonjour, M. Fitzgibbon. Concernant Le Panier bleu, j'essaie de comprendre comment ça va fonctionner. Est-ce qu'on parle d'un site où seraient regroupées toutes les entreprises qui peuvent livrer, quelle est la place de la livraison là-dedans? Puis, si c'est le cas, est-ce qu'éventuellement le gouvernement pourrait soutenir les entreprises qui cherchent à se doter d'un système de livraison?

M. Fitzgibbon : O.K., premièrement, je pense que c'est important de mentionner que Le Panier bleu n'est pas un site transactionnel. Le Panier bleu se veut un répertoire, espérons, de tous les commerces, opérations québécoises, qui peuvent faire du commerce électronique, d'une part, et, d'autre part, permettre aux consommateurs de retrouver un inventaire de tous les produits qu'ils peuvent acheter en ligne. La transaction va se faire avec les sites respectifs des différents commerçants québécois.

Mme Porter (Isabelle) : Mais sur la possibilité peut-être de soutenir les entreprises, en termes de budget, pour développer des services de livraison... Parce qu'on voit, en ce moment, que les entreprises qui s'en tirent bien, c'est celles qui avaient déjà des services de livraison avant la crise. Est-ce que ça fait partie de vos stratégies, là, pour les prochains mois?

M. Fitzgibbon : Oui, Le Panier bleu, faut comprendre, c'est un OBNL. Le ministère de l'Économie... Dans le programme d'aide aux entreprises, l'innovation est au cœur de notre focus et on a beaucoup de projets pour encourager les entreprises. Alors, le commerce de détail, traditionnellement, n'a pas été aidé par le gouvernement. Maintenant, il y a deux choses qu'on regarde, est-ce qu'on peut aider les commerces à être plus innovants, commerce électronique, livraison, et est-ce qu'on peut réduire nos importations. Je pense que c'est un élément important aussi. Donc, d'un côté, on a le produit québécois qu'on veut favoriser et aussi le commerce québécois. Donc, l'OBNL se veut le cri de ralliement, se veut le point de chute, mais, en arrière de ça, va falloir aider les entreprises.

Le Modérateur : Hugo Lavallée, de Radio-Canada.

M. Lavallée (Hugo) : Oui, bonjour, M. le premier ministre. Donc, vous annoncez aujourd'hui une prolongation de la pause que vous aviez décrétée antérieurement. On a lu un peu, au Québec mais surtout dans la presse internationale ces derniers jours, des économistes, des chefs d'entreprise remettre en question ce genre de stratégie là en disant que le tort économique que ça risquait de causer pourrait être encore plus important que les effets de la COVID-19.

Dans cette chaise, il y a 25 jours, lors de la première conférence de presse, vous aviez dit que, pour vous, c'était la santé d'abord et avant tout. Je voulais savoir, est-ce que ce sera, donc, toujours comme ça dans votre analyse, peu importe les effets économiques? Ou vous pourriez reconsidérer les choses à la lumière de ces analyses économiques qui sont publiées?

M. Legault : Bien, ce qu'on veut, c'est un équilibre. Mais actuellement, tant qu'on est dans la montée de cette grande crise, c'est la santé qui compte. Quand la courbe va recommencer à descendre... Puis les spécialistes disent : On pourrait avoir une autre crise à l'automne ou dans les années qui viennent. Bien là, il faut effectivement avoir un équilibre avec l'économie.

Évidemment, la raison pourquoi on a mis tous nos efforts sur la santé, c'est pour qu'on se donne le temps que le réseau de la santé soit capable d'accueillir cette première crise importante puis d'avoir assez de lits, avoir assez d'équipements pour être capables de recevoir cette première vague. Mais quand on va, à un moment donné, être en contrôle, quand ça va redescendre puis qu'on va être en contrôle, même s'il y a d'autres vagues qui viennent, si le réseau de la santé est en contrôle, si on est capables, éventuellement, même, d'avoir un médicament, un vaccin, bien, là, on sera dans une autre partie, finalement.

Et c'est ça qui est important de dire, là : c'est que, moi, j'ai très hâte qu'on ait passé le sommet, puis, là, on va commencer à regarder quelles entreprises, quelle organisation... est-ce qu'on rouvre les écoles, mais on va avoir passé le «peak», là, le sommet de la crise. Puis on s'attend à ce que ça soit dans les prochaines semaines. Donc, une fois passé ce sommet, là, ça va devenir effectivement un équilibre entre, bon, oui, la santé, mais, oui aussi, l'économie parce qu'on a besoin de l'économie pour créer de la richesse pour donner des services de santé et tous les services qu'on donne à la population. Mais là, la priorité, tant qu'on n'est pas au sommet, c'est la santé.

M. Lavallée (Hugo) : Vous avez remercié, tout à l'heure, les entrepreneurs québécois. Or il y a beaucoup de petits entrepreneurs, de petits commerçants qui se sentent lésés dans la situation actuelle parce qu'ils doivent fermer leurs commerces alors que des géants, comme par exemple Costco ou Walmart, restent ouverts. On craint, dans certains cas, que ça tue les PME du Québec. Est-ce que ce n'est pas un peu injuste, comme situation, en ce moment, pour eux?

M. Legault : Bon, il y a des situations où, par exemple, des grandes surfaces qui vendent de la nourriture ou de la quincaillerie, qu'on a jugées essentielles, peuvent avoir des départements qui vendent autre chose puis qui compétitionnent de façon injuste des petits commerces qui n'ont pas le droit d'ouvrir dans ces secteurs-là. Donc, on essaie de suivre ça puis de convaincre les grandes surfaces de s'en tenir aux biens essentiels. Mais comme le disait Pierre tantôt, c'est certain, là, qu'il va avoir une nouvelle façon de voir les choses qui va s'accélérer dans les prochains mois, les prochaines années, puis il va falloir, puis on est prêts à le faire. Notre gouvernement va aider à ce qu'il y ait le maximum de commerces qui vendent en ligne parce qu'effectivement je ne voudrais pas me retrouver dans une situation où les Québécois commandent sur un site américain des produits américains. Puis c'est... On parle de gros montants. Je ne sais pas si tu veux compléter, Pierre?

M. Fitzgibbon : Oui, bien, peut-être aussi, plus général, pour les PME, je pense qu'il faut reconnaître aussi qu'il y a le programme de subvention de la masse salariale et le PCU. Donc, les deux programmes, je pense, créent un filet social pour les citoyens. Je pense qu'il est adéquat. On a vu aussi que le fédéral a annoncé le programme de 40 000 $ de prêt aux PME qui va être fait de façon automatique parce qu'il est garanti 100 % par le gouvernement fédéral. Nous avons annoncé, au MEI, Investissement Québec, le programme avec les FLI, les fonds locaux d'investissement, avec les MRC, on a mis 150 millions la semaine passée. On a en plus Investissement Québec. M. Girard, mon collègue, a reporté les paiements d'impôt, on a reporté les paiements de la TVQ. Alors, j'ai l'impression qu'au niveau des PME... je pense qu'on a créé un filet social qui va permettre que les gens puissent vivre dans les prochaines semaines. Et c'est sûr qu'à la relance c'est là que le gouvernement du Québec doit intervenir de façon plus importante.

Alors, moi, je suis très, très content de voir ce que le fédéral a fait parce qu'on a maintenant les munitions, puis on a le temps, puis on a la réflexion, puis on est là-dedans, de voir... Quand on va repartir, il faut s'assurer que tout le monde puisse survivre. Ça fait que... On va en échapper, là, mais je pense qu'en général, moi, je suis confortable, puis tous mes collègues ministres, là, que ce soit de la Culture, que ce soit le Tourisme, l'Agriculture, tout le monde travaille à l'unisson. Mais moi, je suis confortable qu'on a l'équipe pour le faire, puis on est attentifs sur les enjeux qui vont prendre place dans les prochaines semaines, c'est sûr.

Le Modérateur : Patrick Bellerose, du Journal de Québec.

M. Bellerose (Patrick) : Bonjour à tous. M. le premier ministre, vous demandez un grand sacrifice à nouveau aux Québécois, un autre trois semaines de pause. Ça a un impact sur les salaires. Il y a des entreprises qui vont nécessairement mourir. Est-ce que vous pouvez expliquer en quoi les deux premières semaines ont aidé? Parce que, pour l'instant, on ne voit pas de recul dans le nombre de cas quotidiens. Donc, on peut se demander en quoi ça va aider de poursuivre cette prolongation.

M. Legault : Bon, d'abord, il faut faire attention, comme j'ai déjà expliqué, quand on regarde juste le nombre de cas parce qu'on est parmi les États dans le monde qui testent le plus, puis on a bien ciblé les personnes qu'on testait, les personnes qui étaient le plus à risque. Donc, c'est une chose, le nombre de cas. Moi, ce que je suis beaucoup plus, c'est le nombre de décès. Puis là, pour l'instant, moi, je suis convaincu, puis la santé publique pourrait vous convaincre que les mesures qu'on a prises depuis deux semaines, puis on les voit confirmées par l'étude de Google, ça a permis de sauver des vies. Parce que, quand on teste quelqu'un qui est positif, qui a besoin d'hospitalisation, qu'on le met rapidement sous respirateur, bien, on se donne des chances que cette personne-là soit guérie puis sorte du système. Si on n'avait pas testé cette personne-là puis que, tout à coup, bon, elle aurait pu mourir, bien, là il y aurait eu plus de décès. Donc, le fait qu'on ait testé plus puis qu'il y a eu plus de distanciation, donc les gens se sont moins rencontrés, moi, je suis convaincu, puis c'est aussi... Puis vous allez le voir mardi, là, on va prendre certains pays qui ont commencé la crise avant nous, et puis vous allez voir, sur les graphiques, que, jusqu'à présent, on fait mieux que la moyenne, entre autres sur les décès, pour où on est rendus dans la courbe. Puis c'est ça qui est le plus important. Peut-être M. Massé, là...

M. Massé (Richard) : Bien, vous le voyez. Dans le fond, le graphique est assez illustratif. Non seulement on est le premier, mais vous voyez que presque tout le monde l'a fait, et on l'a fait très, très tôt, on l'a fait de façon très efficace. Non, la courbe est en période d'augmentation, donc vous ne pouvez pas... tu sais, vous n'êtes pas capable de dire qu'on a courbé ou aplati, ce qu'on veut faire, la courbe, encore. Ceci dit, ça prend à peu près 15 jours avant de voir l'effet, et puis certainement qu'on aurait une courbe encore beaucoup plus élevée si on ne l'avait pas fait. Donc, là-dessus, les études sont très bien. C'est ce qu'il faut faire, on le fait très bien. Mais il faut s'occuper des endroits aussi où est-ce qu'on est vulnérables. Donc, il y a la courbe des cas, puis c'est vrai que c'est dépendant des ressources qu'on met pour faire le dépistage, mais il y a des endroits où est-ce que la mortalité arrive, malheureusement, puis ces endroits-là il faut vraiment s'en occuper en priorité, ce qu'on fait au niveau des CHSLD, des résidences pour personnes âgées. Donc là, c'est sûr qu'il y a une emphase très particulière, qu'il faut continuer.

Et il va falloir continuer de façon durable. Parce qu'on se pose la question : Mais pourquoi continuer? Parce qu'essentiellement, si on relâchait maintenant, bien, là, on aurait une extension, une augmentation de la transmission qui serait vraiment néfaste pour les gens les plus vulnérables dans notre société. Ceci dit, on va peut-être devoir vivre avec ce virus-là pour un bon moment, puis il va falloir incorporer dans nos façons de faire des mesures de précaution pour limiter ce genre de transmission là, qui vont arriver, mais qu'on va devoir apprendre à limiter.

M. Legault : Puis, je pense, le plus beau modèle, qu'on essaie tous de suivre, c'est le modèle de l'Allemagne. J'ai profité de ma journée de congé hier pour lire beaucoup. Et, quand on lit sur... Parce que l'Allemagne a beaucoup de cas, beaucoup de cas confirmés mais très peu de décès, beaucoup moins de décès que les autres pays en Europe. Puis, quand on fouille, on voit deux choses. Ils ont fait beaucoup de tests, à peu près le même nombre per capita de tests que nous. Et Mme Merkel a été très dure sur la distanciation. Elle a demandé... Puis on sait que les Allemands sont des gens disciplinés et, bien, là, ce qu'on voit, c'est que les Québécois aussi sont des gens disciplinés. Donc, si on est capables de se rapprocher du modèle puis des résultats de l'Allemagne, moi, je vais être le gars le plus heureux.

M. Bellerose (Patrick) :  Sur un autre sujet, il y a un arrêté ministériel ce matin qui offre une prime de 4 % aux ambulanciers, alors que, dans le réseau de la santé, il y a d'autres corps de métier qui ont obtenu 8 %. Pourquoi accorder seulement 4 % aux ambulanciers alors qu'ils sont sur la première ligne et qu'ils sont exposés au virus?

M. Legault : Je suis content de vous annoncer qu'on a réglé ça puis on l'a mis à 8 %, hein? Si c'étaient toutes des questions faciles comme ça, là... Donc, ça va être 8 % pour eux autres.

M. Bellerose (Patrick) : ...ce changement de situation?

Le Modérateur : S'il vous plaît, on se limite à deux questions, s'il vous plaît.

Le Modérateur : On va maintenant passer à une question de Jocelyne Richer, de LaPresse canadienne, qui nous a été envoyée par courriel.

Les policiers peuvent désormais donner une amende de plusieurs milliers de dollars à toute personne participant à un rassemblement extérieur, sans que le gouvernement n'ait jamais défini le mot «rassemblement». À partir de combien de personnes parle-t-on d'un rassemblement? Exemple, un policier pourrait-il donner une contravention à un couple qui discute avec un autre couple sur le trottoir s'il juge que la distance de deux mètres n'est pas respectée?

M. Legault : Non, il n'y aura pas d'amende pour des couples qui se promènent un à côté de l'autre sur le trottoir. Donc, ce qu'on a voulu, pour accélérer les contraventions, c'est de conclure, entre autres avec le SPVM puis la Sûreté du Québec... de mettre en place une nouvelle façon de faire. Au lieu de donner un avis qui passe par le DPCP, on peut donner tout de suite la contravention. Bon, c'est maximum 1 000 $.

Mais là c'est une question de jugement. Un rassemblement, c'est un rassemblement, puis être à moins de deux mètres, c'est être à moins de deux mètres. Mais moi, je fais confiance aux policiers pour juger des cas qui méritent des amendes.

Le Modérateur : Et justement c'est le sujet de la deuxième question de Mme Richer. La grande latitude laissée aux policiers peut mener à des abus de pouvoir, à une dérive autoritaire dans une société démocratique. Faut-il s'inquiéter, comme citoyen, des pouvoirs arbitraires croissants octroyés aux forces de l'ordre?

M. Legault : Bon, d'abord, c'est un pouvoir très temporaire, pendant la durée de la crise, et puis je suis certain que la grande majorité des Québécois vont être d'accord pour que les policiers utilisent leur jugement puis donnent des contraventions aux personnes qui ne respectent pas les consignes. Moi, je fais confiance aux policiers.

Le Modérateur : Alain Laforest de TVA, maintenant.

M. Laforest (Alain) : Bonjour à vous. M. le premier ministre, ma question va s'adresser au Dr Massé. Je vais vous laisser le temps de regarder votre cahier de statistiques, si vous l'avez, parce que c'est un peu triste, on parle de gens décédés, mais c'est quand même important de comprendre. Sur les 94 décès que vous avez recensés, est-ce que ce sont des décès qui sont survenus dans les 24 dernières heures, dans des CHSLD, dans des hôpitaux ou à la maison? C'est quoi, le portrait des gens qui décèdent actuellement au Québec?

M. Massé (Richard) : Bien, les gens qui sont décédés en CHSLD, actuellement, ça correspond à peu près à 40 % des décès totaux qu'on a eus. Du côté des résidences pour personnes âgées, c'est à peu près 20 %. On a des gens qui sont aussi... qui venaient de réseaux de soutien autres et à domicile. Donc, vous voyez que la majorité, c'est des gens qui demeurent dans des résidences de personnes âgées ou des CHSLD.

Ce que je veux dire, c'est qu'il y a eu des éclosions, dans ces milieux-là, qui expliquent à peu près la moitié des décès, des éclosions de plus de cinq personnes. Et, de ces éclosions-là, on en a recensé dans 25 établissements, qui sont sur 11 000 établissements au total, là. Donc, ce qu'on voit, c'est que ça a été concentré dans quelques endroits où est-ce qu'il y a eu une transmission qui était accrue. Et ça, ça compte pour à peu près 60 %, là, de ce qu'on a comme décès, ces choses-là.

Donc, ça, ça a été un phénomène important, et c'est pour ça qu'on dit depuis le début que c'est quelque chose qu'il faut faire attention, que c'est quelque chose qu'il faut être très prudent, très précautionneux pour ne pas qu'il y ait d'introduction de personnes qui sont positives. Donc, on demande à tout le monde qui s'introduit, qui travaille, là, de prendre toutes les précautions. Puis on demande aux gens qui sont dans les RPA qu'il n'y ait pas de regroupement, pas de gens qui vont prendre un café ensemble, pas de gens qui vont les voir non plus. C'est des conditions dures, très difficiles, mais je pense que c'est une mesure de protection qui est essentielle.

M. Laforest (Alain) : M. Fitzgibbon, vous aviez lancé un programme d'aide aux entreprises. Vous en êtes où actuellement? Bon, vous venez d'allonger la pause de trois semaines. Donc, il y a beaucoup de petites entreprises qui vont avoir énormément de difficultés pour se repartir. Votre pronostic, là, au 4 mai et peut-être plus loin, parce qu'on n'est pas rendus encore là, là?

M. Fitzgibbon : Bien, écoutez, je pense que je n'ai pas toutes les statistiques. J'ai celles qui passent par Investissement Québec. Alors, on a à peu près 400 demandes formelles qui ont été faites, qui peuvent additionner pas loin du milliard de dollars, mais il faut faire attention avec ces chiffres-là.

Et il faut se rappeler aussi qu'on a encouragé les entreprises à aller voir leurs banquiers parce que, d'une part, le gouvernement fédéral a annoncé le 40 000 $ qui est 100 % garanti, et, pour les gens qui sont en haut du seuil, il va y avoir des garanties de prêt de 80 %, qui est équivalent à ce que nous offrons à Investissement Québec. Donc, on a plusieurs entreprises qui sont en discussion présentement avec les banques, et je dois dire que ça va très bien. Ça a été compliqué au début, le programme fédéral a été annoncé un peu plus tard que le nôtre, mais maintenant je pense qu'il y a une bonne coopération entre les institutions financières et Investissement Québec, et, d'autre part, avec la BDC et EDC.

Donc, je n'ai pas le montant total, mais c'est sûr qu'il y a beaucoup de demandes, puis je m'attends à ce qu'il y en ait d'autres. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on a aussi ajouté au filet en incluant 150 millions qui étaient pour être mis en disponibilité pour les prêts en bas de 50 000 $ dans les municipalités, dans les MRC via vraisemblablement les FLI, les fonds locaux d'investissement qui sont présents dans chacune des MRC.

Le Modérateur : Tommy Chouinard, de La Presse.

M. Chouinard (Tommy) : Bonjour. D'abord, M. le premier ministre, j'aimerais connaître l'impact de la décision de prolonger de trois semaines la fermeture. J'aimerais connaître l'impact estimé sur l'économie du Québec et l'impact également sur les finances publiques, alors que le ministre des Finances nous disait, il y a quelques jours, que la facture de l'ensemble des mesures, là, on était à 18 milliards, là.

M. Legault : Bien, à un moment donné, on pourrait effectivement faire une règle de trois, là, sur ce qui avait été calculé pour les trois premières semaines. Mais actuellement, comme je le disais depuis le début, ce n'est pas une question économique, c'est d'abord une question de santé, puis nous, on veut s'assurer que, d'ici à ce qu'on reprenne le contrôle de l'augmentation des cas puis des décès, c'est-à-dire, quand ça va se stabiliser puis commencer à être réduit, bien, qu'on mette l'argent qui est nécessaire.

M. Chouinard (Tommy) : Maintenant, on est bombardés de commentaires actuellement. Il semble que le site du Panier bleu soit déjà surchargé. Mais, lorsque vous évoquiez l'idée d'une réouverture, là, au 4 mai, j'aimerais comprendre, vous parliez de secteurs, de régions. Pour vous, M. le premier ministre, là, qu'est-ce qui va être prioritaire de rouvrir, là? Qu'est-ce qui vous vient en tête, là, prioritairement? Parce qu'il y a vraiment beaucoup de gens qui se posent des questions à ce sujet-là.

M. Legault : Bon, d'abord, on va avoir des conversations avec la santé publique, mais je pense qu'on peut s'imaginer que les entreprises qui sont capables de fonctionner avec des employés qui restent à deux mètres les uns des autres, bien, elles vont être privilégiées. Les régions ou les sous-régions où il y a moins de cas, où les cas sont en baisse plus rapidement, bien, peuvent être aussi les premières à être réouvertes. Mais c'est la distanciation puis le nombre de cas. Mais, tant qu'on n'aura pas vu une baisse du nombre de cas, on ne peut pas penser réouvrir.

M. Lacroix (Louis) : Je vais poser une question, maintenant, à mon tour. M. Legault, on parlait... je vous avais posé cette question-là, je pense, c'est vendredi, sur l'avenir, qu'est-ce qui devra se passer en termes d'autonomie pour le Québec. Vous avec parlé, entre autres, d'autonomie alimentaire, vous avez parlé... Est-ce que vous avez mandaté votre équipe économique de trouver des solutions, justement, pour s'assurer qu'on n'ait plus ces pénuries-là? Est-ce qu'il y aura de l'aide, par exemple, pour faire en sorte qu'on fabrique des appareils ou des équipements médicaux qui ne sont pas fabriqués au Québec en ce moment pour des raisons de coûts, qui sont faits en Asie? Alors, est-ce qu'il pourrait y avoir un modèle, là, pour faire en sorte de ne plus dépendre des pays asiatiques?

M. Legault : Oui, absolument. Puis, je pourrai laisser Pierre compléter, mais, entre autres, il y a deux secteurs où on voit que c'est très important d'être plus autonomes : secteur des équipements médicaux, j'ajouterais même des médicaments, médicaments génériques. Il faut être capables, en santé, là, d'être autonomes. L'autre secteur qu'on voit, là, qui est essentiel, c'est de nourrir le monde. Donc, on ne pourrait pas s'imaginer, demain matin, que, si, pour toutes sortes de raisons, on arrête de recevoir des fruits puis des légumes qui viennent du Sud des États-Unis l'hiver, qu'on n'ait pas assez de nourriture pour tout le monde. Donc, toute la chaîne alimentaire, de l'agriculteur en passant par le transformateur puis au commerce de détail, ça devient critique, là. Donc, c'est deux exemples de secteurs où on doit être plus autonomes.

On parle aujourd'hui du Panier bleu puis éventuellement des livraisons. C'est certain, là, que, dans le nouveau monde dans lequel on va vivre, il va y avoir de plus en plus de produits qui vont être livrés, donc il faut avoir une infrastructure informatique, il faut avoir des livreurs. On a, bon, déjà, Postes Canada qui en fait un bout, mais il va falloir développer tout le secteur de la livraison.

Donc, c'est des exemples, là, puis, oui, Pierre est en train de regarder secteur par secteur avec des experts, justement, des prévisionnistes, là, qui déposent toutes sortes de documents, là, que moi, je lis la nuit, que toi, tu lis le jour, peut-être, Pierre. Mais, peut-être, tu peux en parler un petit peu plus, là?

M. Fitzgibbon : Oui. Peut-être, très, très spécifique, je pense que le terme «approvisionnement stratégique» prend tout son sens avec la crise qu'on vit actuellement. Alors, si je réfère spécifiquement au matériel médical, on sait qu'on a des problèmes avec les N95, les masques de procédure, les blouses, les gants, c'est les quatre produits principaux. Au ministère de l'Économie, notre fonction, c'est de regarder les compagnies québécoises qui peuvent produire. Certaines vont pouvoir le faire rapidement, d'autres moins, et on a présentement à peu près 80 entreprises québécoises qui ont montré un intérêt et une capacité à produire ces matériaux-là. Alors, c'est sûr qu'on va vouloir, d'une part, essayer, le plus vite possible, d'être autosuffisants, et, d'autre part, je pense que la crise sanitaire qui va se terminer bientôt, il pourrait y en avoir d'autres dans le futur, alors, je pense qu'on peut confirmer, a priori, qu'il y a des bonnes chances qu'on puisse être autosuffisants dans ces produits-là pour la prochaine crise, s'il y en a une.

M. Lacroix (Louis) : Le problème — en sous-question — que je vois à ça, c'est qu'évidemment quand la crise sera passée puis qu'il y aura moins de demande pour ces produits-là ces entreprises-là vont probablement cesser la fabrication puisqu'il va y avoir de la compétition venant d'Asie qui va produire le même matériel qu'eux, mais à moindre coût. Est-ce qu'il ne pourrait pas y avoir une politique d'approvisionnement gouvernementale pour les achats, et permettre de faire vivre ces manufacturiers-là, tout en étant conscient que ça coûte plus cher, évidemment, que les produits qui sont faits dans d'autres pays?

M. Fitzgibbon : On a deux genres d'entreprises. On a des entreprises qui vont convertir leurs opérations pour faire des produits. Alors, vous avez raison, dans ce cas-là, ils vont probablement retourner à leurs anciennes missions. Mais je veux dire tout de suite qu'on est en discussion très avancée avec une entreprise qui va faire seulement que des masques, en permanence, puis qui vont pouvoir les exporter. Alors, je pense qu'on doit, comme gouvernement, regarder l'approvisionnement stratégique. Puis M. Legault a parlé aussi des médicaments. Nous sommes déjà en discussion avec le ministère de la Santé et le ministère de l'Économie pour voir, nos sociétés de fabrication de médicaments, comment est-ce qu'on va, de façon systémique, s'assurer qu'on va avoir un approvisionnement dans tous les cas d'espèce.

Alors, c'est clair que la crise sanitaire qu'on vit présentement réveille le monde, et on veut définitivement empêcher... ou être autosuffisants, dans la mesure du possible. Mais il y a beaucoup d'entreprises qui vont effectivement retourner à leur ancienne vocation, après.

M. Legault : Peut-être deux commentaires additionnels. Bon, d'abord, les ministères vont devoir être davantage des modèles pour l'achat local. Donc, on demande aux Québécois d'acheter local, mais il va falloir s'assurer, tout en respectant les lois internationales, que nos ministères achètent davantage des biens et des services de façon locale.

Bon, Pierre parlait tantôt du déficit commercial de 20 milliards. On peut penser que certaines de nos exportations vont faire face à un peu plus de protectionnisme dans les prochaines années. Donc, pour compenser le fait qu'on a déjà 20 milliards de déficit commercial et qu'on risque peut-être de voir une baisse de nos exportations à cause du protectionnisme, il va falloir, nous, faire la liste — puis c'est ça qu'on est en train de faire — de toutes nos importations, incluant les importations d'Asie, puis de voir comment on peut aider nos entrepreneurs à fabriquer ici ces produits-là qu'on importe pour garder une balance commerciale qui est le plus en équilibre possible.

Le Modérateur : Merci. On va maintenant passer aux questions en anglais, on va commencer avec Julia Page, de la CBC.

Mme Page (Julia) : Yes, well, good afternoon to the three of you. Yesterday, a security guard in Sherbrooke was involved in an accident in the parking lot of a Walmart in Sherbrooke. Allegedly, he was hit by a car that was... by a customer who was apparently refused entry to that store. We're hearing reports of grocery store employees saying : People are increasingly nervous, impatient. So, with this additional three weeks, are you concerned about keeping a social peace in Québec? And how are you going to make sure that those frontline workers, who are providing food and medicine to Quebecers, are safe?

M. Legault : OK. What I have, the information I have about Sherbrooke, is that they were two people who wanted to get together in the store. And they said : You have to be only one at a time, and the guy used his car to hit the guard. Unfortunately, you have few crazy people in our society, but I don't heard that it's happening much in Québec, so it's too bad and, of course, it's unacceptable, what happened in Sherbrooke. But they had already a guard, and the guard was the guy hit by this crazy guy, so what can we do against that?

Mme Page (Julia) : I'll ask a question to Mr. Fitzgibbon. Business owners in Québec are learning today they won't be able to reopen until May 4th. Can you explain what these companies can expect, in terms of support from the province? You were mentioning some industries may be able to reopen gradually depending on the regions, so can you give a bit of explanations to the business owners?

M. Fitzgibbon : I think we have to dissociate the medium-sized, large enterprises from the SMEs, the small enterprises. I think that I said that the federal programs that they have announced for the subsidy, for the salary or for the emergency fund for individuals who have no employment, together with the $40,000 loan that will be fully guaranteed by the federal government, if you add that to what we have established in Québec with $150 million to the various MRCs, I think we can provide liquidity to large extent to the SMEs, event though, for the next three weeks, those who are currently closed.

Furthermore, my colleague, Éric Girard, has postponed, as you remember, the sales tax, has postponed the income tax. So, generally speaking, I feel pretty good. We have to address the rent, the rental; the May 1st period will come soon. And, as far as the medium to large-sized enterprises… some of them are already operating for the essential products services. And, of course, the ramp up will be delayed. But, to be honest, I don't think anybody expected, April 15th, that they would be just opening the lights. And I think that we have clearly put together a program through Investissement Québec, of 2,5 billion, to assist these companies. And, together with the federal Government's programs, I think we've got ample financial resources to provide liquidity for that extended period.

Le Modérateur : Now, we'll... there's a question from Phil Authier, from the Montreal Gazette. That partially answers his question. But could you explain a little bit more about your initiative that you're launching today, about the Panier bleu. Will it be called the blue basket in English? What's the...

M. Fitzgibbon : No, no. It's going to be called... And, by the way, I should have shown that. This is the visuals of the Panier bleu, which I think is pretty interesting, pretty nice. So, the Panier bleu, what it is or what it isn't, it's not a transaction site. It represents an ecosystem where the various retailers can subscribe to that... subscribe for free, can put themselves on that site, which will allow to have transactions with these different constituencies. The consumers, on the other side, are able to access that site and to look at the products that they can buy from Québec enterprises. And, as we all know, when people go on Amazon, they often go there to go see what products exist. So, we want to replicate the same thing and we want the Panier bleu to be basically a depository for all the Québec products that are offered by Québec enterprises. And, if we can increase by five dollars per week the consumer's purchase of Québec products, that's a billion dollars more in the economy, it's huge. So, that site happens to be an umbrella. We want to federate the population of Québec enterprises and to allow the consumer to see clearly through one site. And, very importantly, other initiatives that currently exist — we've inventoried more than 100 different initiatives — are going to be able to work towards that Panier bleu. So, it's not in competition to what exists, it's just meant to be an umbrella to oversee all the Québec activities.

Le Modérateur : Now, questions from Raquel Fletcher, from Global News. There's a serious concern about the safety of seniors in seniors residences. What is being done to insure that safety when one quarter of all homes in Québec have outbreaks?

M. Massé (Richard) : Well, this is very important matter because, as you know, there has been many deaths in that group age and those are very vulnerable. And so, there's been a lot of actions given in those areas to increase the support of persons to minimize the number of persons going in elderlies places and secure the places, in certain instances, be sure that people that are going in those elderly homes won't get visited and, you know, won't get outside, which happened at the beginning of the pandemic. And that was a real cause of concerns and we have had outbreaks out of that. So... And this is now out of... in control. This is quite different right now.

In long term care hospitals, that's another issue, when there's number of deaths related to that. So there's a plan that's going on right now to support those institutions, to have all the necessary capacity to protect the people in those homes. And so the demand that we made many times in the last few weeks is something that needs to be kept on for quite a long period, in fact, because coronavirus is going to stay with us for a number of months or maybe years. So, we'll have to be careful, and that might change the way that we will provide services in the future.

Le Modérateur : Second question is for Mr. Fitzgibbon. When will due money for small businesses be distributed to municipalities? Some businesses will not survive if it takes months. Also, do you have any idea of how many Québec businesses may not survive this crisis?

M. Fitzgibbon : For the latter part of the question, I'm not sure. But, the first part is… first, the FLI, which are all the units operating, they... we have 112 of them in the province. So they're already functional, they already have their relationships with SMIs. But, also, these companies can also go their bankers. So, either we'll provide loan directly from the FLIs or we provide long guaranty. So I think we can access pretty quickly pretty much all the companies, given that we are in a region.

As far as... the number of companies that will need that or will have liquidity problems, as I said, earlier, I think there are various programs that exist, and we feel good that either the social filet or the SMI's filet is there, and whether it's taxes postponement, whether it's the sales tax, whether it's salary subsidy, I think we've got a «panoplie» of different programs, but, of course, we'll have to be reacting as they come. But I think we got the «tentacule» in the province to suffice for pretty much everybody.

Le Modérateur : And the last question, from CTV : We're hearing from people who were sick, who are now symptom free, who want to be tested again, so they can be sure that they can go outside and not infect others. Why is this? And how do people know when they're fully recovered?

M. Legault : Bon. Maybe I can start, and Dr. Massé can continue, but it's a question of priority. We prefer to test people with symptoms to see if they are positive than testing people without symptom. We like to know if they don't have anymore the COVID-19. So, it's a question of priorities. Eventually, we'll test those people but, right now, it's more urgent to identify the positive cases.

M. Massé (Richard) : And in those cases, when it's after 14 days that people have had the beginning of their disease and they have been free of symptoms for 48 hours, we know that those persons are OK. They won't transmit to others, so... But if people have symptoms, you need to wait until they have all symptoms resolved and then wait for that.

Le Modérateur : Voilà, c'est ce qui met fin à cette conférence de presse. Merci beaucoup.

M. Legault : Merci, tout le monde.

M. Fitzgibbon : Merci.

(Fin à 13 h 56)